Des fausses rumeurs persistent – voici la vérité sur la mort de Dieter ZORN par Uschi Kallus, sa compagne depuis 34 ans

 

Vu que même Wikipédia allemande a repris de fausses informations, je ne peux plus me contenter d’ignorer les commentaires absurdes, déplacés et blessants faits par des gens tous plus ignorants les uns que les autres des faits, et des réalités de notre activité. Je me dois donc de rétablir la vérité, j’étais présente au moment des faits.

Ce communiqué s’adresse à tous ceux qui se posent des questions légitimes sur ce qui s’est passé pour leur expliquer ce qui est arrivé exactement. En effet, les média, les gens dans les forums sur internet ont dit tout et n’importe quoi. Dieter n’était pas un inconscient, ni un prétentieux en recherche de montée d’adrénaline et surtout pas un idiot. Il était réfléchi, compétent, avait des réactions extrêmement rapides et un vrai don, un sens, qui lui permettait de savoir interpréter le moindre geste de ses animaux.

Que s’est-il passé réellement ?
Un faux mouvement de Dieter a dû susciter une réaction de défense de la part de la vipère aspic (Vipera aspis). Mais justement Dieter étant tellement rapide a pu éviter une vraie morsure, la vipère l’a à peine touché. Quand je lui ai demandé si la vipère l’avait mordu, il m’a dit « c’est juste une égratignure » et effectivement, aucune trace de morsure n’était visible, pas une perle de sang, pas de gonflement, pas de coloration. Il a reçu une dose quasiment homéopathique de venin, mais qui, au bout de quelques minutes, a engendré une réaction allergique fatale.
La vipère ne l’a pas mordu plusieurs fois et le venin n’est pas allé directement dans le sang (ces fausses informations ont dû naître du fait qu’on a cherché une explication logique à l’énigme : pourquoi cette morsure de la vipère aspic a été mortelle si rapidement ?) Dieter n’est pas mort de l’effet propre du venin mais il est mort d’une réaction allergique qui a provoqué une obstruction des voies respiratoires (œdème de Quincke) et la suffocation. Seul un traitement rapide avec de l’adrénaline et de l’antihistamiques (Epi-pen), aurai pu lui sauver la vie. Un antidote n’aurait pas pu aider !!! (D’ailleurs un antidote ne peut être administré que sous surveillance médicale, il déclenche justement des fois une réaction allergique graves)
Il n’est pas vrai non plus qu’il se savait allergique au venin des serpents. Il avait effectivement des problèmes d’allergie depuis 20 ans mais pas envers des venins de serpents, envers des odeurs artificielles et chimiques telles que lessives déodorants etc.
Il n’est pas vrai qu’il s’était déjà fait mordre par la vipère quelques jours avant. Environ trois semaines avant il s’était fait piquer par un insecte ou mordre par une araignée locale. Son bras avait gonflé mais il n’avait ressenti aucune gêne respiratoire.
Il n’est pas vrai que les secours sont arrivés rapidement, il leur a fallu près de ¾ heures. Une intubation par la gorge n’était plus possible, celle-ci était complètement obstruée et le médecin disait que toute tentative de secours serait vaine, car des lésions cérébrales déjà trop importantes s’étaient produites. Seule l’arrivée rapide des secours en moins de 15 minutes aurait pu le sauver, (je ne m’y attendais pas, si j’avais su que les secours arrivent si tard, j’aurais peut-être essayé de percer la cage thoracique  pour conduire de l’air aux poumons, la gorge était obstruée et dure, donc certainement toute la voie respiratoire bloquée. J’ai eu peur de provoquer des saignements qui inondent les poumons et puis je pensais que les secours allaient arriver d’une seconde à l’autre… vous auriez fait quoi ?)

Il faut aussi rétablir la vérité sur le but du travail que nous exerçons depuis plus de 30 ans.

Nous n’avons pas organisé de numéros de cirque, mais des séances pédagogiques appréciées par l’éducation nationale, par les services vétérinaires et par chaque spectateur ayant assisté à une de nos représentations.
Notre travail consistait à aider les gens à vaincre leurs peurs non fondées mais pas du tout à minimiser les dangers réels.
Nous n’avons en aucune façon encouragé le public à faire des reptiles leurs animaux de compagnie ou à en rechercher le contact. Au contraire, nous avons toujours mis le public en garde pour qu’ils ne s’approchent pas des serpents qui vivent dans la nature. Nous avons précisé qu’un serpent qu’on surprend a peur et se défend, que même une couleuvre non venimeuse puisse mordre. Nous avons prévenu le public que même dans les régions où ne vivent généralement pas de vipères, on peut en trouver des exemplaires qui ont été transportés avec des récoltes ou du bois venant des montagnes des alentours. Nous avons répété les mises en garde plusieurs fois au cours de nos représentations.

Le but de notre travail était d’apprendre au public que :

a) dangerosité n’est pas un synonyme de méchanceté. Les serpents ne sont pas assez intelligents pour pouvoir être gentils ou méchants. Quand ils attaquent, c’est que leur instinct de défense a été déclenché. Les serpents les plus agressifs sont souvent les plus craintifs. Les serpents n’attaquent donc jamais sans raison, par simple plaisir ou méchanceté

b) un serpent est à considérer comme potentiellement dangereux tant qu’on ne peut pas l’identifier. Pour aider les gens à identifier les vipères et les couleuvres, nous leur montrions les deux animaux et nous leur en expliquions les différences. Grâce à cette instruction, nous espérions que bon nombre de couleuvres seraient désormais épargnées.

c) les serpents sont utiles et ont le droit de vivre. Il ne faut pas les tuer sans raison,  par pure appréhension ou …méconnaissance. Il faut les laisser vivre dans leur milieu et nous avons toujours spécifié au public qu’il ne faut pas prendre de risques, qu’il ne faut pas essayer de capturer une vipère soi-même etc…..
Nous voulions juste que le public accorde aux serpents le droit de vivre et les respecte dans la nature.
De nombreuses fois déjà d’anciens spectateurs m’ont raconté qu’ils ne tuent plus les serpents dans leur jardin mais les poussent dans la nature ce qui me confirme que notre travail a été utile et a porté ses fruits.

Donc voilà les faits. Dieter n’aurait pas voulu qu’à cause d’informations erronées, les gens considèrent maintenant la vipère aspic comme plus dangereuse qu’elle ne l’est en réalité. Généralement les soins à l’hôpital se limitent à  l’observation du patient et on n’utilise un sérum que dans de rares cas. Ce n’est qu’une fois tous les quatre ans en moyenne qu’une morsure s’avère être mortelle
Alors divulguez cette info autour de vous et oubliez les histoires de scandale des média.

A cette occasion je tiens à remercier tous ceux qui m’ont adressé des messages de compassion, d’encouragement et de sympathie. C’était incroyable, j’en ai reçu de personnes que Dieter a connues récemment bien sûr, mais aussi de personnes qui ont croisé notre route, il y a dix ou vingt ans, qui l’ont connu comme musicien ou amoureux des reptiles. Tous ces messages m’ont montré à quel point, Dieter a laissé au cours de plus de trente ans de voyage, une trace indélébile de souvenirs et d’impressions chez les gens. En nous quittant, Dieter a laissé un grand vide, c’était un homme extraordinaire qui aimait la vie, la nature et les hommes, qui cherchait toujours le bon côté des choses et se battait pour ses convictions mais je suis sûre que dans la mémoire des enfants d’aujourd’hui il continue toujours à vivre et que ces enfants parleront encore de lui à leurs propres enfants.

 

Uschi Kallus